 Posté le Vendredi 28 mai 2004 @ 12:17:16 by polwens Contributed by: Pol_Wens Russie-France-Arctique-aventure,PREV
(MAGAZINE)
par Victoria LOGUINOVA
MOSCOU (AFP)
Tempêtes de neige et froid glacial, vodka, viande de
morse rance partagée avec ses dix chiens: l'explorateur français Gilles Elkaim
a raconté avec nostalgie jeudi à Moscou ses quatre ans de périple en solitaire
à travers l'Arctique, une première mondiale terminée le mois dernier.
"Les peuples autochtones du Nord m'ont appris énormément sur le plan de la
survie", a confié l'explorateur, âgé de 44 ans, accompagné lors d'une
conférence de presse par ses trois chiens, Pouchok, Koula et Intcha, qui
étaient à ses côtés pendant le voyage.
"Mes chiens sont de vrais héros. Ils sont devenus ma famille", a affirmé M.
Elkaim, un brun barbu, amaigri, mais souriant, qui s'exprimait en russe sans
difficulté.
L'explorateur qui avait débuté son voyage le 30 mai 2000 au Cap Nord en
Norvège est arrivé le 9 avril dernier dans le village de Lavrentia, à
l'extrémité orientale du continent eurasien. Il a traversé 11.400 kilomètres
en kayak, à skis, en traîneau à rennes et en traîneau à chiens.
"Voyager en traîneau à rennes n'était pas la meilleure idée", a-t-il
expliqué. Les rennes n'ont pas résisté au périple, alors que les chiens,
toujours prêts à continuer le voyage sont restés en forme jusqu'au bout.
Gilles Elkaim compte d'ailleurs emmener ses trois nouveaux amis en France.
Diplômé de physique nucléaire, à 24 ans il a quitté son laboratoire pour se
consacrer à l'aventure. Il a depuis voyagé en Afrique et en Inde à vélo, en
Groenland en kayak, en Mongolie à dos de chameau et à cheval.
Le Grand Nord russe était "un rêve d'enfance". Pour pouvoir financer son
voyage en Arctique, il a vendu sa maison en France. Aujourd'hui, il affirme
éprouver "une énorme satisfaction" d'avoir réalisé "ce à quoi personne ne
croyait, même pas moi".
Pendant son aventure, il communiquait avec la civilisation, en envoyant des
courriers électroniques par l'internet, à l'aide d'un téléphone satellitaire.
Le téléphone l'a sauvé lorsqu'il s'était perdu en novembre 2002 au large de la
mer des Laptev.
Il voyageait alors sur la banquise, dans la république russe de Iakoutie. A
cinq kilomètres de la côte, un morceau de glace s'est détaché, emportant le
Français vers le large. Il a réussi à joindre des militaires russes qui sont
venus à son secours et l'ont récupéré avec ses chiens à bord d'un hélicoptère.
"La clé de la réussite est d'écouter la nature et le peuple qui y vit plus
de mille ans. L'Arctique ne pardonne pas les erreurs. C'est un autre monde", a
souligné l'explorateur.
La température baissait parfois jusqu'à moins 60 degrés centigrades.
"La dernière étape, en Tchoukotka (extrême nord-est de la Russie) a été
particulièrement difficile", a souligné M. Elkaim.
"Les vents se sont déchaînés. Je ne me voyais plus arriver. Mes chiens et
moi, nous étions à bout de forces. C'était un combat", a-t-il confié.
En Tchoukotka, l'explorateur a vécu neuf mois dans une cabane. "A la fin,
il restait très peu de nourriture. Mais nous avons eu de la chance: nous avons
trouvé sur la côte un morse mort", a-t-il poursuivi.
Les aborigènes en Tchoukotka consomment de la viande de morse rance.
"Lorsque j'en ai goûté pour la première fois, j'ai pensé que je ne pourrais
jamais en manger. L'odeur de viande pourrie était tellement forte! Mais j'ai
eu très faim et froid. J'en ai mangé avec mes chiens. Cette viande donne
beaucoup d'énergie et de vitamines", a assuré l'explorateur.
Et en chemin, les gens lui offraient de la vodka. "Je faisais cuire des
pâtes à la vodka", a-t-il relevé.
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